Reprise aigüe

Après des mois d’arrêt, après des mois de nonchalance couturistique, après le désert, sans aucun fantasme vestimentaire ni tissuesque, I’M BACK !

Après la reprise intensive de la couture à la chaine pour le marché de Noël, après la réalisation de quelques cadeaux, l’envie était à nouveau là ; je veux coudre pour MOI. L’envie et le besoin, urgent, presque essentiel se sont violemment fait ressentir. Qui dit changement de saison, dit changement de lumière, de température et d’humeur. Je suis passée de l’hyperactivité à l’hibernation en suivant quasi exactement la descente lumineuses de l’automne. Alors, pour cette réalisation j’ai profité d’une période solaire hivernale pour ré-exprimer mon hyperactivité couture. Trois projets commencés en un week-end, dont un terminé immédiatement : cette douce chemise mélilot ( de Deer and Doe).

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Le tissu ou l’art de la tromperie (ou de l’auto-tromperie)

Je l’ai acheté il y a un an et demi dans une très jolie boutique de tissus d’Athènes. Vingt Euros du mètre, c’est un tissu que j’ai acheté avec une envie mélangée de fantasmes et teintée de contentement heureux et ronronnant. Le motif est adorable, la couleur assez passe-partout et le tombé est très léger pour du coton….

Mélilot Deer and Doe chemise cousu main
Bonne année couture à vous tous!!

Au retour de ma virée, le tissu est passé directement en machine à laver et horreur : il en est ressorti avec d’immondes fils blancs filasses infinies qui formaient des nœuds partout. Un coup de machine à lessiver et je savais que ce joli coton n’était pas tout à fait net ; de toute évidence ces fils n’appartenaient pas au règne végétal. De plus le tissu a perdu son apprêt, il est encore plus fluide, plus rond et plus léger. Pas aussi fluide qu’une viscose, mais trop fluide pour une simple cotonnade.

Mélilot Deer and Doe chemise cousu main

Je suis retournée au magasin pour leur demander une explication, la clarification que j’aurais dû demander avant d’acheter le précieux, si j’avais fait preuve de moins de sensiblerie face à lui. Papy me montre alors son carnet magique. Chaque tissu y est répertorié avec un petit échantillon carré : référence, provenance et composition. Le genre de carnet qu’on voit dans les films des années 60’, ben oui Papy il est plutôt vintage, même vinvintage. Et le verdict tombe : les filasses blanches, ce sont les 20% de viscose. Aaaargh, et moi qui ne voulais plus en acheter pour des raisons écologiques (voir les explications ici). Me voici à ajouter malgré moi cette pièce non-conforme à la montagne de mon stock de tissu. Mes envies pour ce tissu sont rincées à l’acide et les papillons mignons dans le fond du tiroir n’ont plus grand espoir de voir le jour.

Mélilot Deer and Doe chemise cousu main

Promis, maintenant je demande la composition, même si je pense savoir… On ne sait jamais.

Réalisation express

Pourquoi est-ce que ce projet est remonté à la surface après mon hibernation couture ? Aucune idée. Il fait déjà partie de ma liste d’envies pour l’hiver dernier (2016-2017), il est resté assez fidèle mon fantasme à initial, c’est l’heure de le sortir du trou. Ce tissu sera une chemise. Par contre l’urgence du moment, que je ne saurais expliquer que par des mois d’abstinence couture, me fera changer certains paramètres du projet. Je voulais patronner une chemise large, un modèle loose. Je voulais associer un passepoil en satin bronze sur le pied de col intérieur et sur la patte de boutonnage intérieure.

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Quand ça vient du coeur!!

Urgence, appétit, boulimie soudaine de couture, j’ai été prise par surprise et j’ai succombé, sans me débattre et sans essayer de lutter pour rester rationnelle, m’abandonnant à l’urgence du moment. Gardant les bases du projet (papillons + chemise), j’ai bazardé les fioritures pour assouvir ce besoin d’urgence : un patron tout prêt, déjà découpé. Mélilot s’est imposé avec fluidité, comme mon tissu.

Après presque 5 mois d’arrêt j’aurais pu prendre le temps,. Le temps de réfléchir aux étapes, aux coutures, le temps de visualiser les techniques à mettre en œuvre, pour anticiper les difficultés. J’aurais pu… La vérité c’est que j’ai enchainé découpe, thermocollage et couture presque sans respirer entre les étapes. Tout était naturel et spontané. Pas besoin de regarder les instructions, et le col a été monté avec ma technique à moi pour fixer parfaitement le pied de col sans même un coup d’œil au tuto détaillé. Aucune hésitation certes ; mais pour être complètement honnête, je me suis laissée aller à un brin de précipitation. Un peu comme quand, affamée, vous vous jetez sur la pizza pour l’avaler aussi vite que physiquement possible. Cette chemise Mélilot est un à-fond pizza. Dit comme ça, ça ne fait pas très distingué, mais c’est bien ce qui s’est passé.

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Un pied de col monté au petits oignons!

Et le résultat est là. Vite c’est sûr, avec un certain plaisir c’est indéniable, mais avec des regrets aussi. Plutôt que des regrets, je dirais que subsistent certaines traces de précipitation. Non non, pas de traces de freinage, mais tout de même quelques glissades… Merci au tissu fluide et au motif assez présent pour cacher ces petits défauts.

Trente secondes de réflexion m’auraient nécessairement amenée à anticiper les actions suivantes :

  • Amidonner mon tissu, ben oui la viscose ça glisse Alice,
  • Relire mon article sur Mélilot manches longues pour vérifier les éventuels changements à prévoir.

Mélilot Deer and Doe chemise cousu main tuto col couture

Bien sûr, tout cela aurait demandé du contrôle sur moi (self-control), de la rationalité pour séquencer mon besoin de couper, de coudre et de tout faire d’un seul geste. Bref rationnaliser l’urgence irrationnelle. De toute évidence, ça n’est pas l’option que j’ai choisie. Coupe du budget temps, coupe du budget fioritures et coupe du budget réflexion, forcément ça laisse des traces…

Zoom sur les restes de pizzas

J’ai cousu dans l’urgence d’une boulimie couture, comme je dévore la pizza à pleine main en me léchant les doigts au lieu de les essuyer proprement sur ma serviette. Ici pas de taches grasses, mais des imperfections de non-rigueur, comme un trace de sauce tomate au coin de la bouche…

Venez, je vous emmène faire le tour des imperfections :

  • Des p’tits plis, des p’tits plis, toujours des p’tits plis. Au niveau du pied de col, au niveau de la manche et au niveau des poignets. Merci le motif de cacher tout ça…SONY DSC
  • Les plaques des manches qui s’ouvrent dans le mauvais sens! J’ai mis la plaque gauche à droite et inversement. Changer les manches de gauche à droite n’aurait pas arrangé le problème puisque dans ce cas je me serais retrouvée avec les ouvertures du poignet au dessus.

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    Ces plaquettes de manches dnas le mauvais sens Grrrrr!
  • Oui, j’aurais dû relire mon précédant compte-rendu de Mélilot et donc les manches sont deux ou trois centimètres trop courtes. Oui, j’aurais dû. C’est le point qui me chagrine le plus.

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    En vrai, de loin, grace au motif, personne ne voit que les ouvertures des poignets sont “créatives”….

Après les ratés, il y a aussi tout ce qui s’est passé à merveille et il faut bien l’avouer, après 6 mois d’arrêt, ce n’était pas gagné d’avance. Petit tour de mes fières finitions :

  • Un mini-ourlet super régulier,
  • Des coutures anglaises super propres,
  • Un col posé à la perfection (hormis les petits plis) sans bosse sur le devant du pied de col et avec un alignement parfait sur la patte de boutonnage,
  • De belles surpiqures, sur l’endroit et sur l’envers.

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    Le mini ourlet de la Mélilot, AkA le moment de brulage de bouts de doigts au fer à repasser….

La problématique des boutons

La précédente Mélilot était passée à un cheveu de ne pas avoir de boutons à cause de mon indécision permanente sur la question. Cette réalisation n’a pas failli à la règle. Les boutons et moi on est en plein questionnement existentiel et ma boulimie couturistique n’y a rien changé. Quatre options possibles : sport avec des pressions bronze ou bien fini mat, branchitude avec de la couleur, classique avec des boutons blancs ou nacrés. J’ai demandé à mes Copines Insta et les réponses étaient assez unanimes : pressions mat ou boutons de nacre. J’ai bien sûr choisi les pressions bronze. Pourquoi demander si c’est pour, finalement, n’en faire qu’à sa tête. Hihihi !

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Boulimie aidant, je n’ai pas attendu bien longtemps pour poser ces pressions. Et j’en suis très contente. Les pressions amènent un côté sport et casual qui me convient mieux et le bronze apporte une touche de couleur/chaleur qui remplace très bien ce biais qui aurait du… mais qui n’est pas là.

Regrets or not regrets ?

Bien sûr les imperfections susmentionnées sont à déplorer. Bien sûr je ne verrai qu’elles quand je porterai cette chemise. Mais pour ne pas vous mentir, quelle satisfaction intense de reprendre la couture, de me sentir à l’aise avec une pièce un peu technique, d’être globalement heureuse de mes finitions et surtout du tombé du vêtement.

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Oui, je me suis précipitée. Non, ça ne me ressemble pas. Non, plus que probablement, ça ne va pas devenir une habitude (mais qui sait ?) ; mais oui c’était un petit moment d’extase ! Alors ne m’en veuillez pas, les réflexions conceptuelles à rallonges et la machine à lessiver mentale seront bientôt de retour. Pour cette reprise j’étais tout bonnement affamée ! Aucuns regret, que du plaisir assumé.

Sur ma table de couture ce week-end là, il y avait aussi un pantalon droit (coupé, cousu, en cours d’ajustement) et un pull (conceptualisé, coupé, en cours de recherche du passepoil parfait).

Mélilot Deer and Doe chemise cousu main

Bref, vive le retour de l’hiver et de la COUTURE !

L’année 2018 s’annonce couture!

 

 

 

 

 

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11 thoughts on “Reprise aigüe

  1. Coucou,
    quel plaisir de te lire à nouveau 🙂 Elle me semble parfaite cette chemise et je comprends la satisfaction de s’être lancer sans réflechir et que tout se passe comme sur des roulettes (genre les étoiles s’étaient alignées). (je suis sure que tu n’as pas (ou presque pas) sorti le découd-vite). Bref ça donne envie de coudre 🙂
    Belle année a toi. Hâte de lire tes prochaines aventures et reflextions couturistiques (j’adore les tours de machine à laver mentale ;)).

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  2. Elle est belle cette chemise, toute douce à l’œil avec ses papillons volants ! C’est vraiment un régal de te lire à nouveau.
    Et pour la composition des tissus, chez moi la question s’est reposée en force avec la couture de peluches et doudous… Autant pour les vêtements je n’ai pas trop de mal à rester sur des matières naturelles, autant pour les peluches je trouve ça bien plus compliqué. En as tu déjà cousu ?

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    1. Merci!!! OUi, j’ai dejà cousu qq doudous et peluches, mais toujours avec des tissus simples (pas des minky ou autre douceur). J’ai trouvé une sorte de polair très très douce faite avec de la laine et du coton. Sinon j’utilise des molletons en coton et aussi des Wax pour la couleur!! En faite souvent se sont mes chutes de tissus qui y passent! tu montre tes doudous???

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      1. Oui j’ai pensé aux molletons, et ensuite j’utilise aussi les chutes pour la déco. Et la en finissant un bavoir je viens de me dire que de la micro éponge en coton ferait aussi sûrement très bien l’affaire. J’ai (un peu) déserté le blog, mais je voudrais y revenir. En attendant je vais poster une photo du dernier sur Instagram 😉

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  3. Eh bien, si ta Mélilot a été cousue comme on avale une pizza, ce n’est pas le cas de l’écriture de ton article. Toujours aussi agréable à lire : on voit que les noeuds au cerveau sont arrivés a posteriori 😉
    Bon, c’est ballot de ne pas avoir revu les petits points à modifier mais, à part les manches un peu courtes, ça ne se voit pas. Alors profite de ta chemise !

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  4. Elle est magnifique cette chemise, défauts ou pas défaut c’est ce qui la rend unique. ça valait la peine d’attendre d’autant que je vois qu’il y a d’autres projets en cours ou finis!! J’aime beaucoup les pressions bronze… Meilleurs vœux notamment de projets couture!!

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  5. Bonne année 2018 sous le signe de la couture et de la pizza alors !
    Sinon, ok, on voit beaucoup de défauts sur nos propres œuvres … mais sur celles des autres jamais !
    Là, je ne vois que des cholis papillons avec des pressions bronze parfaites et un ourlet à tomber !

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  6. Ah ah bon retour du mojo.
    C’est très drôle car moi aussi ça fait bien 4 mois que je n’ai rien fait…plus envie rien que dalle nada.
    Et la je sais pas une sorte de boulimie de couture m’a envahie et j’ai également repris avec une mélilot…au taquet comme toi hop hop hop vite vite vite j’ai faiiiiiiimmmm.
    D’ailleurs je pense à toi à chaque montage de chemise vu que j’utilise ta super technique “je monte mes cols de chemises façon mega pro”.

    Ta chemise est trop jolie…..et bon retour parmi la couture ^^
    Bises

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    1. Haaaaaa trop bien, le retour du mojo!!! et mélilot est idéale pour la phase boulimique, je m’en suis faites deux d’affilée. mais si j’ai bien suivi, toi c’est pas Mélilot dont tu as abusé?? héhéhé

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